Sécurité sociale : stop à l’engrenage des surdiagnostics et surprescriptions

« Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ». La devise du docteur Knock s’illustre une fois de plus avec les nouvelles mesures de la tension artérielle, édictées par les sociétés savantes anglo-saxonnes et la Société européenne de cardiologie.

A l’occasion des auditions sur le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), j’ai interrogé l’Ordre des médecins surces nouvelles recommandations qui auront pour conséquence d’augmenter le nombre de malades « qui s’ignoraient » jusqu’à alors, avec une croissance des prescriptions de traitements hypotenseurs. Ce qui était une tension artérielle normale avant cette annonce, (c’est à dire 12/7, voire 13/7) serait aujourd’hui considérée comme « élevée ».

->Pour voir ma question : https://videos.senat.fr/video.4798205_6720a7c3aceaf?timecode=5735000

->Pour voir la réponse du Pr Stéphane OUSTRIC (Conseil national de l’Ordre des médecins) :
https://videos.senat.fr/video.4798205_6720a7c3aceaf?timecode=7611000

Ce qu’il révèle est édifiant.   » Sur le risque cardiovasculaire, c’est un gros problème, m’a-t-il répondu en toute transparence. Les sociétés savantes sont déconnectées et sous l’influence des stratégies de lobbying de l’industrie pharmaceutique, appliquent les mêmes recommandations pour la population européenne ou caucasienne que pour celle des Etats-Unis, pays frappé par le diabète et par une forte obésité.

De plus, la tension est plus élevée quand on vieillit ce qui normal, mais ces nouvelles mesures en font systématiquement de nouveaux malades. »Il a ajouté : « nous avons déjà constaté la même chose pour le cholestérol, lorsque le seuil du mauvais cholestérol a été baissé de 0,5 au lieu de 0,7. Le résultat est explosif en nombre de nouveaux traitements vendus.

Il s’agit de traitements excessivement chers et très rentables pour les laboratoires , qui influencent aussi les patients en utilisant le risque de « mort statistique » , les conduisant par peur à demander ces traitements superflus à leur médecin. » Autre exemple, « les traitements par injection pour la DMLA, qui figurent parmi les plus coûteux, font l’objet du même raisonnement par le « risque » : un produit similaire réalisé en officine nous ferait économiser 700 millions d’euros, mais les laboratoires brandissent la menace d’un produit risqué, alors que les pharmaciens savent très bien le faire. »

Au-delà de la question financière, il y a la santé des Français. Les phénomènes de surdiagnostics et de surprescriptions, installés de longue date en France, commencent à être remis en question et pour y remédier, des démarches de déprescription sont initiées par des professionnels de santé. Les responsables publics et les patients eux-mêmes doivent s’en saisir, c’est une responsabilité collective.